Nous contacter Piolet club Genève, Rue Agasse 54, 1208 Genève

LE MOT DU PRESIDENT

J’ai regardé l'émission « Passe-moi les Jumelles » du vendredi 1er mai. Elle m’a touché pour diverses raisons et j’aimerais partager avec vous mon ressenti :  un bel hommage aux travailleurs de l’ombre et un profond respect des anciens.

Quelle tâche monumentale que de construire en 1951, au fond du Lac des Dix, ce mur de béton incliné, haut de 285 mètres et pesant 15 millions de tonnes ! Mais ce mur n’est que la partie visible de l’ensemble.

Entre la Vallée de Zermatt et le Val des Dix, 100 kilomètres de galeries avec des relais de pompage et des capteurs permettent d’alimenter le barrage en eau jour et nuit, ces galeries arrivent au fond du Lac des Dix. En juillet et août le débit de l'eau à la sortie du collecteur est de 80 m3. Dans les collecteurs, la température est de 5 degrés pour une humidité de 100%.

Au cours du reportage nous suivons deux hommes : en jeep, ils parcourent les galeries pour contrôler les prises d'eau ; le chef barragiste dit qu’il pense avoir roulé, dans ces conditions, environ 70.000 kilomètres, année après année, en 25 ans ... presque deux fois le tour de la Terre ! Le trajet à l'intérieur des galeries entre Arolla et Zermatt dure environ 50 min.

L'hiver, la route du barrage étant fermée, une fois par mois, les deux barragistes sont héliportés, puis restent dans une cabane pendant une semaine pour contrôler tous les appareils de mesure qui transmettent, en permanence les valeurs, à un centre de contrôle.

Mais revenons à l’époque de la construction de cette œuvre gigantesque, le travail se poursuit jour et nuit en deux équipes, de 11 heures chacune, quels que soient le temps et la température.

Durant le reportage, une fascination s’empare du spectateur, en imaginant tous les acteurs de cet ouvrage creusé de galeries, de cavernes : des manœuvres aux ingénieurs qui ont œuvré, jour et nuit, à réaliser cet ensemble à 2000 m sous les sommets et les glaciers des Alpes. Le travail des mineurs est le plus rude dans la nuit, dans l'humidité : à mesure qu’ils avancent, l'air devient plus rare et plus chaud. Pour creuser, ils utilisent des barres à mine de 1m 80, puis ils installent des mèches pour faire sauter la roche. Des conditions incroyables : essayez d’imaginer les équipements, les outils et les moyens de transport des années soixante !

Un grand coup de chapeau à tous ces travailleurs. Ce sont des Valaisans, mais aussi des étrangers, des Italiens principalement, qui passent toute une saison loin de leurs familles. Ils sont logés en montagne, mais peu à peu une vie sociale se crée : une fanfare, des équipes de football …  et chaque hiver  une course de ski : le Trophée des Mineurs.

J’ai regardé l’émission avec émotion : mon père était un de ces mineurs. Tout au long de ce reportage, j’étais en pensées avec mon papa décédé plus tard de la silicose, conséquence de son travail sur le chantier du barrage.

Jean-Daniel Imesch.

Barrage de la Grande Dixence